Covid-19, la France adopte le vélo après le déconfinement

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Jean-Baptiste Lasserre,
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Covid-19, la France adopte le vélo après le déconfinement

C’est une des conséquences inattendues du déconfinement. Aux quatre coins de la France, des centaines de kilomètres de pistes cyclables sont apparus dans les villes du pays. Après plusieurs dizaines années d’insistance pour inciter les municipalités à intensifier leurs aménagements cyclables tout autour du pays, le déconfinement a largement accéléré la mise en place de pistes cyclables, pour l’instant provisoires. Tour d’horizon des différentes mesures pro-vélo des municipalités et du gouvernement en France :

  1. Le vélo comme solution de mobilité face à la pandémie
  2. Corona pistes en France : les tops et les flops
  3. Pourquoi tant de coronapistes effacées si vite?
  4. Au final, un bilan positif pour le vélo
  5. Coup de pouce vélo, un succès fulgurant

 

Le vélo, une réponse à la mobilité en période de coronavirus

Un mois avant le déconfinement, le gouvernement français anticipait déjà la sortie de crise. En particulier sur la question des transports, une problématique à l’enjeu double. Que les Français reprennent leurs activités et leurs déplacements quotidiens en respectant la distanciation sociale – et donc en se passant des transports en commun. Et en évitant la saturation des axes automobiles, conséquence du report modal sur la voiture. Il nommait alors Pierre Serne à la tête d’un groupe de réflexion chargé de mettre en place des solutions de déplacement permettant la distanciation sociale. Et notamment : la bicyclette.

Déjà pendant la période de confinement, le vélo a été reconnu comme un moyen de transport efficace pour limiter la propagation du coronavirus par de nombreuses institutions. Des recommandations officielles de l’OMS notamment, encourageant à se déplacer à bicyclette. Ou de cette décision du 30 avril 2020 du Conseil d’État en France, incitant le gouvernement à « indiquer publiquement et largement que le vélo peut être utilisé pour les déplacements autorisés durant le confinement ».

En s’inspirant de certains de nos voisins et de nombreux pays à travers le monde ayant déjà réfléchi à la question, une réponse rapide et économique s’est imposée : la mise en place de pistes cyclables provisoires.

>> A LIRE : Des aménagements cyclables provisoires pour sortir du confinement ?

Quelques plots, quelques barrières et un rapide marquage au sol. La recette est simple et efficace. Un mois plus tard, un grand nombre villes françaises ont opté pour ces infrastructures peu couteuses, qui semblent être une véritable réponse au problème de déplacements en cette période de Covid-19.

Coronapistes en France : les tops et les flops

L’Île-de-France en exemple

Anne Hidalgo, maire de Paris, déclarait dès le 6 mai vouloir aménager 50 km de voies cyclables pour les cyclistes à l’approche du déconfinement, en ciblant en priorité des endroits stratégiques. L’avenue du Général Leclerc, le boulevard Saint-Michel et le tunnel de l’Etoile ont été les premiers concernés. Plus emblématique encore, l’aménagement provisoire du pont de Neuilly sur la route nationale 13, une des voies les plus fréquentées de la région permettant d’accéder au quartier de La Défense. Mais l’exemple le plus représentatif est sans aucun doute celui de la rue de Rivoli, fermée à la circulation automobile et ainsi réservée aux vélos sur une voie. Des pistes provisoires suivant en surface les lignes 1, 4 et 13 du métro devraient suivre dans les prochains jours.

>> A LIRE : Vélo à Paris : quand la petite reine devient un véritable enjeu électoral

Plusieurs municipalités d’Île-de-France ont également pris des initiatives dans le même sens. Boulogne-Billancourt, Versailles, Pantin, Montreuil, Villejuif… Une carte interactive éditée par le Collectif vélo Île-de-France avec le soutien de la Métropole du Grand Paris et d’OSM France permet de repérer toutes les pistes cyclables temporaires en temps réel.

Carte des aménagements cyclables provisoires à Paris
Capture d’écran de la carte des aménagements cyclables en région parisienne. En jaune, les pistes provisoires © Collectif vélo Île-de-France

Aménagements cyclables du déconfinement : l’ambitieux Rhône-Alpes

Du côté de la capitale des Gones, la Métropole de Lyon voit les choses en grand. 77 nouveaux kilomètres de voies cyclables ont été annoncés d’ici septembre, souvent en remplacement de voies de circulation de véhicules motorisés. Dont 12 achevés dès la sortie du confinement le 11 mai 2020. À noter également l’augmentation de la prime à l’achat d’un VAE à 500 euros par la Métropole, ainsi que la mise en place d’un parc vélo temporaire, gratuit et sécurisé de 40 places par le concessionnaire de parking LPA.

Déconfinement : carte des pistes cyclables provisoires à Lyon
Carte des aménagements cyclables provisoires à Lyon © actu Lyon

À quelques kilomètres de là dans une ville déjà bien vélo-friendly, la Métropole de Grenoble a annoncé le déploiement de 18 km de voies cyclables temporaires d’ici fin mai.

Piste cyclable et coronavirus : bons élèves et bonnes surprises

Les métropoles françaises souvent bien placées dans les différents classements des villes les plus cyclables ont également réagi. Strasbourg a timidement autorisé temporairement 5,4 nouveaux petits km partagés avec des bus et des voitures. En effet, le président de l’Eurométropole de Strasbourg Robert Herrmann a refusé de financer des équipements provisoires. Nantes a quant à elle ouvert six nouvelles voies cyclables provisoires. À Bordeaux enfin, ce sont 25 kilomètres d’aménagements provisoires qui ont vu le jour. De la bouche de la Métropole, cette période est « une opportunité inédite pour accélérer la montée en puissance de l’usage du vélo et des modes actifs en général ». Un parking vélo temporaire a également été aménagé par la mairie au pied de la Tour Pey-Berland.

>> A LIRE : Le classement des meilleures villes cyclables de France

Partout en France, de nombreuses municipalités ont pris l’initiative d’aménager des coronapistes. Même dans les villes peu réputées pour leur politique vélo.

Dans le sud, Marseille compte 23 km d’aménagements provisoires, Montpellier 15 km. Toulouse a d’ores et déjà aménagé 6 pistes provisoires et une dizaine d’autres sont à l’étude. Mais la grande surprise vient de la Côte d’Azur où Nice a annoncé 65 km de pistes cyclables !

Le nord suit aussi le mouvement. Une quinzaine de kilomètres provisoires supplémentaires à Lille ainsi qu’à Nancy (jusqu’en août). Mais aussi des aménagements provisoires à Rouen, Metz…

Les aménagements cyclables du déconfinement contestés

Ces nouvelles « coronapistes » sont pourtant loin de faire l’unanimité. Le principal argument de leurs détracteurs est que ces nouveaux aménagements ne font que déplacer le problème. L’exemple de la rue de Rivoli à Paris, fermée à la circulation automobile, est notamment particulièrement décrié. Pointée du doigt par certains pour le manque de fréquentation cycliste, la fermeture de la rue reporterait également les bouchons dans les petites rues autour.

 

Panneau de signalisation indiquant une piste cyclable
© Alain Rouiller – Flickr

 

Des aménagements amenés à devenir définitifs ? Rien n’est moins sûr, et la route est encore longue pour les cyclistes français.

Coronapistes : quand les pistes cyclables disparaissent

À Aix-en-Provence, seulement 10 jours après la mise en service de 13 km d’aménagements cyclables temporaires, le maire fait machine arrière. Elle décide d’effacer une partie de ses voies cyclables provisoires. Maryse Joissains, maire LR de la ville, souhaite en effet ne pas se précipiter à mettre en place des configurations hâtives qui seraient finalement inadéquates contre-productives. Mais plutôt réfléchir à des aménagements en concertation avec les associations vélo et « en prenant en compte les contraintes des usagers qui n’ont pas d’autres choix que de se déplacer en voiture ». Un exemple à ne pas suivre qui se répète pourtant un peu partout en France.

Le message était clair dès le départ : les « corona pistes » n’ont pas forcément pour destin de devenir définitives. En effet, elles sont plutôt un moyen d’expérimenter des nouveaux aménagements cyclables dans les villes, tout en permettant de soulager les transports en communs. Et éventuellement un moyen de limiter l’usage de la voiture, et donc des embouteillages.

Cependant, lors d’une conférence de presse donnée le 29 mai, la ministre de la transition écologique Elisabeth Borne encourageait les élus à pérenniser leurs aménagements provisoires : « Ne laissez pas la voiture reprendre la place ».

Et pourtant certaines pistes provisoires ont disparu aussi vite qu’elles sont apparues.

Malgré le message un peu contradictoire qui a été donné, nous avons essayé de chercher les raisons qui ont mené à ces rétropédalages des élus.

1. Précipitation et piste cyclable inutile : bon ou mauvais argument ?

L’envie de bien faire a parfois mené à la précipitation. Proposer des aménagements pour offrir une solution de déplacement supplémentaire est une bonne chose. Mais une piste cyclable dessinée sans réflexion apporte rarement satisfaction. En effet, pour qu’il soit utile, et emprunté, l’aménagement nécessite au préalable que l’on s’interroge sur son emplacement ou sa connexion avec les autres itinéraires.

Effacer une piste installée à un endroit peu pertinent, l’argument est parfaitement valable. Comme à Saint-Etienne où certains aménagements transitoires ont été retirés à cause de leur trop faible utilisation. Alors que dans le même temps, d’autres ont été maintenus car considérés comme satisfaisants.

Sauf que parfois, la justification est peu convaincante. À Marseille, la présidente de la Métropole Martine Vassal a expliqué l’effacement de la voie cyclable provisoire sur l’avenue du Prado par des résultats « peu concluants ». Après seulement 6 jours d’existence, il est encore un peu tôt pour faire des conclusions aussi définitives. D’autant qu’il existe déjà une piste cyclable sur cet axe – plutôt en mauvais état – mais fréquenté. Par ailleurs, il se trouve que Martine Vassal est également une sérieuse prétendante à la mairie de Marseille… Les militants d’ANV-COP21 Marseille ont réagi en retraçant la bande cyclable effacé de l’axe Castellane-Prado lors d’une action nommée « Rest in Piste ». Une manifestation citoyenne a également réunies quelques centaines de cyclistes marseillais pour réclamer plus d’aménagements.

Militant piste cyclable effacée
Opération de retraçage de la coronapiste effacée à Marseille © ANV Marseille

La ville de Besançon n’est pas non plus en reste puisque l’expérimentation de la piste cyclable sur une partie des boulevards de la ville été arrêté à cause de sa trop faible fréquentation. Le maire Jean-Louis Fousseret est accusé d’avoir choisi un secteur non prioritaire pour les cyclistes contre l’avis des associations vélos uniquement pour montrer qu’il se préoccupait de la petite reine au même titre que ses adversaires.

2. Le mauvais timing des échéances électorales

Ce qui nous amène à une deuxième raison. L’annonce du déconfinement a poussé de nombreux élus à mettre en place des aménagements cyclables provisoires. Mais il semblerait que ce ne fut pas toujours pour les bonnes raisons.

D’un côté, les maires inquiets de la santé de leurs administrés – et redoutant sans doute d’être accusés d’une mauvaise gestion de la sortie de crise – ont vu dans le vélo la solution idéale qui permettrait aux actifs de reprendre le travail tout en ne prenant aucun risque sanitaire. Un moyen parfait de relancer l’activité économique de la ville tout en respectant les recommandations.

D’un autre côté, certains élus ont vu dans la bicyclette un argument politique imparable pour se replacer dans la course électorale. En effet, le déconfinement est intervenu dans un moment un peu particulier. Alors que le premier tour des élections municipales s’est tenu avant l’isolement général, le destin de certaines villes n’est toujours pas scellé.

Exemple à Cagnes-sur-Mer où le maire Louis Nègre, qui joue sa place au second tour des municipales, a fait supprimer un aménagement provisoire… suite à une pétition lancé par un de ses adversaires. Même constat à Amiens où la maire Brigitte Fouré est accusé par l’opposition de « décisions électoralistes ». Après avoir transformé plusieurs voies voitures en voies réservées au vélo, elle est finalement revenue en arrière suite à la colère de certains riverains.

3. La pression des lobbys

L’opinion publique n’est pas la seule forme d’influence. Parmi les principaux opposants aux coronapistes, on retrouve, bien-sûr, les automobilistes. En effet, l’apparition de plusieurs dizaines de kilomètres d’aménagements cyclables dans les villes est devenu le responsable idéal de l’engorgement des centre-ville et des bouchons.

Un peu partout, on a pu lire et entendre que les nouvelles pistes, et donc les cyclistes, étaient responsables des embouteillages dans le centre-ville. En témoigne la pluie de témoignages de certains cyclistes, plus que jamais pointés du doigt par les motorisés.

Dans les Yvelines, la voie voie dédiée aux vélos le long de la D186 a été abandonnée à cause des bouchons qu’elle provoque. Toujours en Île-de-France, dans le Val d’Oise cette fois, la piste de la D14 à Montigny-les-Cormeilles n’aura pas survécu une semaine. Les élus justifient son effacement « pour des raisons de sécurité, de qualité et de fluidité des circulations des usagers ». Les militants vélos de Mieux se déplacer à bicyclette avait pourtant déjà exprimé l’intérêt de sécuriser cet axe pour les cyclistes dans un courrier adressé au conseil départemental au début du mois de mai. Même son de cloche à Quimper où la municipalité a mis fin à l’expérimentation d’une voie provisoire qui engendrerait trop d’embouteillages.

Mais ici aussi, se pose la question de l’occupation de l’espace public. Une voiture prend beaucoup de place, quelques voitures suffisent à encombrer une intersection. Alors que les vélos, même plus nombreux, passent rapidement sur les aménagements et ne causent que très rarement des bouchons. D’où, parfois, une impression de vide sur les aménagements cyclables. Et d’où l’importance des comptages de passages.

4. Mauvaise communication

Dernière cause de la suppression des coronapistes : la mauvaise communication autour de l’aménagement provoque un usage détourné. La mairie d’Argenteuil a ainsi supprimé une piste provisoire trois jours après son installation à cause du passage abusif de scooters.

À Paris, la Préfecture a fait retirer dès le lendemain de leur installation les protections de la piste cyclable transitoire tracée sur l’Île de la Cité. La raison n’a pas été clairement donnée, mais il se pourrait que ce soit à cause du trop grand nombre de voitures stationnant sur l’aménagement.

Si la plupart des causes de ces retraits sont souvent liées, elles ne constatent en rien un potentiel échec de la solution vélo comme le souhaiteraient ses détracteurs. Au contraire, elles prouvent que pour être efficaces, les aménagements ont besoin de réflexion, de concertation et parfois même d’expérimentation pour se révéler utiles. Quoi qu’il en soit, cette crise du coronavirus aura eu le mérite d’inciter les élus à repenser la place du vélo dans les villes françaises. Mais le chemin est encore long et semé d’embûches.

Un bilan très positif pour le vélo

L’usage du vélo a bondi de 44% en France lors de la première semaine du déconfinement d’après le Bulletin bimensuel de suivi de la fréquentation cyclable de l’association Vélo & Territoires. Si la différence est flagrante en ville, elle l’est d’autant plus en milieu périurbain et en zone rurale.

 

Un chiffre qui tend à confirmer l’argument que les associations vélos défendent depuis plusieurs années. C’est l’aménagement qui permet le changement de comportement, et non l’inverse.

Le Coup de pouce vélo

L’autre bonne nouvelle cyclable de ce déconfinement est la mise en place du Coup de Pouce Vélo par le gouvernement. Chaque cycliste peut bénéficier d’une aide de 50 euros pour réparer son vélo. Ainsi que d’une séance d’une heure gratuite pour se remettre en selle dans un établissement de formation ou une vélo-école.

>> A LIRE : Coup de Pouce Vélo : pour se remettre au vélo dès le déconfinement

Les collectivités peuvent prétendre à une prise en charge de 60% de leurs coûts d’installation de stationnements temporaires vélo. Au total, 60 millions d’euros seront accordés à cette mesure pour faire de la bicyclette la petite reine du déconfinement.

[article publié le 26 mai 2020 et mis à jour le 12 juin 2020]

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