L’économie du vélo, un modèle pour l’après crise ?

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Jean-Baptiste Lasserre,
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L’économie du vélo, un modèle pour l’après crise ?

Symbole de mobilité et de durabilité, le vélo est devenu un terrain d’innovation sans précédent. A Paris comme ailleurs, on repense la ville pour l’intégrer dans les nouvelles planifications urbaines. Sur le plan économique, la bicyclette se révèle être également un modèle solide et pertinent. Et si le vélo devenait un exemple pour une économie de demain post-crise sanitaire plus durable ?

Le système vélo : des impacts économiques positifs

Le plan vélo national et la loi LOM ont permis d’impulser en France une nouvelle dynamique vélo. Et de montrer que le système vélo est une réponse pertinente au système voiture.

Des impacts économiques individuels et collectifs

D’une part, le vélo a des impacts économiques individuels directs. Tous les cyclistes vous le diront, sur le plan financier, le vélo est une source d’économie quotidienne à long terme à bien des égards. En effet, l’utilisation régulière de la bicyclette permet de réduire les dépenses directement liées à l’utilisation de la voiture. Dépenses en carburants, en entretien, en réparation, en assurance, en parking… Sans parler du temps gagné en évitant les embouteillages, et par extension d’éviter cette source de stress supplémentaires.

D’autre part, l’économie du vélo induit des impacts collectifs indirects. Sur le plan de la santé, la bicyclette permet une amélioration générale de la condition physique de la population. Sans le vouloir, et parfois même sans le savoir, les cyclistes suivent les recommandations de l’OMS sur le sport quotidien nécessaire pour être en bonne santé. Sur le long terme, la pratique du vélo peut donc entrainer une diminution générale des affections longues comme le diabète, des maladies coronariennes, des hospitalisations et même du risque de mortalité. Une conséquence qui se traduit en plusieurs milliards d’économies sur la santé en France. Et peut même se répercuter dans les autres secteurs de l’économie car une population en bonne santé est une population qui subit moins d’arrêts maladie.

>> A LIRE : Politique vélo : un atout santé économiquement viable !

Une solution pour préserver la planète

Le vélo est aussi bénéfique pour l’environnement. S’il permet une réduction des nuisances sonores, il limite surtout la congestion urbaine et donc le rejet des gaz à effet de serre. La bicyclette est donc vecteur d’une diminution drastique de la pollution par opposition à l’automobile, comme on le constate ces dernières semaines. En effet, il aura peut-être fallu attendre le confinement de près de 4 milliards de personnes autour de la planète pour se rendre compte de l’impact négatif de la voiture individuelle. Et que le système vélo est une réponse pertinente au système voiture de l’ancien monde.

>> A LIRE : 188 millions d’euros d’économie grâce au vélo

Un marché en pleine croissance

L’Observatoire du Cycle, porté par l’UNION Sport et Cycle analyse les tendances du marché de la bicyclette depuis 1999. D’après sa dernière enquête, le marché du vélo représentait en 2018 plus de 2 milliards de chiffre d’affaires en France, soit 2,3% de plus qu’en 2017. Une progression régulière, qui se poursuit depuis une quinzaine d’années, boostée notamment par l’explosion de la vente de VAE et de la vente par internet.

Si ces chiffres traduisent plus que jamais un engouement pour ce moyen de déplacement, ils sont aussi synonymes de création d’emploi. En effet, qui dit marché en croissance, dit marché porteur d’emplois.

Sans parler de tous les secteurs lié au vélo qui se développent : vélociste, réparateur, livreur à vélo et même entrepreneur à vélo.

>> A LIRE : Entretien avec un plombier à vélo : la bicyclette, l’avenir de l’entrepreneuriat ?

L’économie du tourisme relancée

Une nouvelle économie du vélo se développe sur les véloroutes
La Voie Verte le long du canal du Centre profite de l’économie du vélo © Michel Joly

Dans les villes, la fréquentation des itinéraires cyclables ne cesse de progresser ces dernières années. D’après le rapport « Analyse des données de fréquentation vélo 2018 » réalisé par Vélo & Territoires, ils ont augmenté de 20% entre 2013 et 2018. Mais c’est également le cas sur les véloroutes et EuroVélo de l’Hexagone qui ont accéléré leur aménagement ces dernières années. La France est même la première destination de cyclotourisme au monde.

Sur la Vélodysée, la fréquentation de cyclotouristes a progressé de 24% entre 2014 et 2018. Du côté de l’EuroVelo 6, ce sont 15% de voyageurs en plus sur cette même période. Plus globalement, la fréquentation de tous les itinéraires cyclables français augmente d’année en année. Y compris dans des zones touristiquement délaissées comme la Creuse ou la Sarthe.

Sur la Loire à vélo, on estime la dépense quotidienne moyenne par cyclovoyageur à 53€. À titre de comparaison, Hérault Tourisme estime la dépense moyenne journalière réalisée par un touriste en séjour dans la région à 39 €.

>> A LIRE : Cyclotourisme, les bienfaits du vélo sur l’économie

Une forme de tourisme en pleine croissance qui permet aussi à l‘économie locale de se développer, sous l’égide du label Accueil Vélo qui permet aux acteurs locaux d’être visible auprès des touristes itinérants.

>> A LIRE : L’économie touristique mise sur la véloroute Vélo Francette

La revitalisation des commerces de proximité

Pour beaucoup, il est encore difficile de l’imaginer mais la généralisation de la pratique du vélo est un excellent moyen de redynamiser les commerces locaux. Les politiques de piétonnisation établie dans de nombreuses villes françaises sont un bon exemple de comparaison. Si les commerçants – et même souvent les habitants – y sont opposés au départ, la ville gagne finalement en apaisement et en attrait, et incite les riverains à revenir s’approprier leurs quartiers.

Aux États-Unis, on parle de « bikenomics », contraction de bike (le vélo) et de economics (économie) pour désigner cet effet de développement des marchés locaux et commerces de proximité grâce aux cyclistes.

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce mécanisme. Tout d’abord, utiliser son vélo est, comme détaillé plus tôt, synonyme d’économies. Le revenu disponible et le pouvoir d’achat ont donc tendance à augmenter. Et le cycliste, à plus dépenser. La deuxième explication est géographique. En effet, l’utilisation du vélo est généralement limitée à une zone restreinte autour de son lieu de vie. Les cyclistes privilégient donc les offres les plus proches, plutôt que de faire 10 kilomètres en voiture pour rejoindre une zone commerciale périphérique. Au-delà du critère géographique, passer au vélo s’inscrit pour de nombreux cyclistes dans une vision plus durable de la société, qui induit aussi une consommation plus locale.

>>> A LIRE AUSSI : Prêter son vélo et autres initiatives cyclables durant le confinement

Et après la crise Covid-19 de 2020 ?

Un des rares secteurs à avoir bien résisté à la dernière crise économique de 2008, le vélo pourrait devenir un modèle exemplaire pour l’économie de demain. La crise que nous traversons actuellement a permis de mettre en lumière les dysfonctionnements de notre société. Ne serait-ce pas le moment de prendre un nouveau départ plus durable ? Autant par ses impacts positifs sur l’environnement, sur la santé que sur l’emploi, la bicyclette a beaucoup à apporter sur les modèles économiques dans leur globalité, et pour pourquoi pas faire de demain un monde meilleur. D’ailleurs, des aménagements cyclables provisoires sont prévus pour faciliter le déconfinement.

[article publié le 26 mai 2010 et mis à jour le 10 avril 2020]

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1 comment

  1. C’est une premiere juridique qui va faire du bruit. Dans un arret rendu ce mercredi, la chambre sociale de la Cour de cassation considere qu’un livreur a velo travaillant pour une plateforme n’est pas un auto-entrepreneur, mais bien un salarie. Les juges se sont prononces sur le cas d’un ancien livreur de la societe Take Eat Easy (disparue depuis), estimant qu’il y avait un lien de subordination entre l’entreprise et le coursier.

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