Infraction vélo à Strasbourg : test de la réduction d’amende cycliste

Publié par 
Jean-Baptiste Lasserre,
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Infraction vélo à Strasbourg : test de la réduction d’amende cycliste

Plus il y a de cyclistes dans une ville, plus les infractions au Code de la route ont de chance d’être nombreuses. Si les policiers contrôlent rarement les cyclistes, Strasbourg fait toutefois figure d’exception. Pendant 4 ans, la ville la plus cyclable de France a tenté une expérimentation sur certains types d’infraction vélo, qui s’est finalement révélée décevante. Aujourd’hui, la capitale alsacienne oscille entre prévention et sanction.

L’expérimentation d’amendes minorées pour les cyclistes strasbourgeois

Infraction vélo Strasbourg : réduire les sanctions pour responsabiliser

Depuis une vingtaine d’années, Strasbourg s’est imposée comme la capitale du vélo française. Si la pratique de la bicyclette est toujours minoritaire par rapport aux autres moyens de transports, la petite reine représente néanmoins 16% des déplacements des strasbourgeois. Ce qui signifie également que les autres usagers doivent partager la route avec des cyclistes toujours plus nombreux. Une cohabitation par toujours facile, souvent source de tension, qui peut aboutir à des incidents ou des accidents. Particulièrement touchée par les accrochages entre cyclistes et les autres usagers, Strasbourg décide au début des années 2010 de lancer une réflexion autour de la réduction des accidents et des incivilités dans un ville particulièrement cyclable.

C’est en novembre 2012 que la municipalité de Strasbourg annonce alors une nouvelle expérimentation. En cas d’infraction, les cyclistes coupables devront s’acquitter d’une amende minorée de 45,60 euros au lieu des 90 euros prévus normalement par la loi. Soit une réduction de près de 50% de l’amende à vélo.

> A LIRE : Infractions à vélo : Qu’est-ce que je risque ?

Vélo à Strasbourg: Plus de tolérance pour les infractions

Cette dérogation concerne la dizaine d’infractions au Code de la route les plus courantes chez les cyclistes. Non-respect de l’arrêt à un feu rouge ou à un stop. Circulation en sens interdit. Usage d’un téléphone. Refus de priorité à un piéton. Circulation en dehors des heures autorisée en Zone piétonne. Circulation sur trottoir. Ou encore absence de port du casque pour les enfants de moins de 12 ans.

L’objectif de cette mesure est de rendre à la fois les amendes plus acceptables pour les vélos. Mais également plus systématiques pour responsabiliser les cyclistes qui, souvent à raison, ont tendance à ne pas respecter toutes les règles qui leurs sont pourtant imposées.

L’abandon de l’expérimentation en 2017

Après 4 ans d’expérimentation, les résultats sont toutefois peu convaincants. Le maire de Strasbourg Roland Ries y met fin le 1er mai 2017 sur décision du procureur de la République.

Un retour en arrière qui repose sur des chiffres assez peu flatteurs. Le nombre d’infractions a fortement augmenté sur la période. 741 amendes ont été dressées en 2013, contre 1002 en 2016. Durant les 3 premières années de l’expérimentation, ce sont près de 2 700 infractions cyclistes qui ont été constatées. Même chose pour les accidents impliquant des cyclistes qui ont eux aussi explosés. On en comptait notamment 66 en 2015 contre 105 en 2016. Cette même années d’ailleurs, 60% des cyclistes strasbourgeois impliqués dans un accident corporel ont été reconnus responsables. Et trois cyclistes sont décédés.

« Il faut que les cyclistes comprennent que la gravité du franchissement d’un feu rouge est la même que pour les automobilistes. »
– Michel Senthille, procureur de la République

Du côté des autres usagers, cette impunité pour les cyclistes a souvent été vécu comme une injustice. Provoquant parfois la peur et souvent la colère des automobilistes et des piétons. Lors de l’annonce de la fin de l’expérimentation, le procureur en a profité pour rappeler que le Code de la route était le même pour tout le monde. Et que la fin de la clémence était aussi un rappel pour que les cyclistes n’oublient pas qu’ils doivent, eux aussi, respecter le Code de la route. L’association vélo CADR67 a de son côté fait part de son désaccord en qualifiant cette décision de « inique et contre-productive en matière de sécurité routière ».

Au final, le tarif des amendes pour les cyclistes est rétabli, et la verbalisation sera renforcée.

>> A LIRE : Quizz : Connaissez-vous le Code de la route à vélo ?

Quel traitement des infractions vélos dans une ville vélo-friendly ?

L’arrêt de l’expérimentation strasbourgeoise ne semble pas avoir renforcé les interpellations. Même s’il est difficile d’avoir des données précises, la police alsacienne semble aujourd’hui plutôt faire preuve de tolérance en privilégiant la sensibilisation à la sanction. Mais le problème du partage de la ville est cependant loin d’être réglé. La cohabitation semble encore difficile dans les rues strasbourgeoises, notamment entre cyclistes et piétons.

En 2020, la future politique concernant les infractions vélo à Strasbourg est désormais entre les mains des électeurs qui se rendront aux urnes à la fin du mois de juin pour choisir leur futur maire. D’un côté, les candidats de la droite promettent d’être intransigeant envers les cyclistes en verbalisant systématiquement en cas de non-respect du Code de la route. De l’autre, les candidats de la gauche et écologistes préfèrent miser sur l’éducation en renforçant les contrôles avec avertissement, mais sans forcément de sanction.

> A LIRE : Élections municipales 2020 à Strasbourg, toujours capitale du vélo

[article publié le 3 juillet 2017 et mis à jour le 29 juin 2020]

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1 comment

  1. Le code de la route dont les dernières révisions datent des années 80 est maintenant totalement inadapté aux nouveaux usages urbains. Sur mon trajet quotidien d’une demi-heure sans s’arrêter j’ai 28 feux rouges. Si je m’arrête à chacun y compris quand aucun véhicule n’aborde le carrefour, je double presque on temps de trajet.
    Chaque descente de vélo demande un effort de relance qui va à l’encontre du principe même du vélo : son équilibre vient du mouvement et son efficacité et terme de temps de trajet vient du maintien d’une bonne moyenne de vitesse. Un vélo en ville est plus efficace que la plupart des autres véhicules car il circule de façon fluide. Dans un banc de poissons les accidents sont rares ! Je constate tous les jours des groupes de piétons et des vélos qui s’entremêlent sans contact comme des poissons. Car les deux sont sensoriellement en contact avec l’environnement contrairement aux automobilistes et autres gens casqués.
    Le code de la route a été conçu pour se protéger du danger des véhicules à propulsion mécanique. Sur les routes qui leur sont dédiées, il se justifie. Par contre en ville le code de la route est devenu inadapté (90€ d’amende en vélo pour un feu rouge ou il n’y avait personne, sauf un contrôle massif de police pour réaliser avant la fin d’année son quota financier)
    Je propose donc qu’en prévision de la fin des voitures en ville, on crée un Code de la Rue qui donnerait toute son importance et la priorité aux déplacements doux des piétons, cyclistes etc.
    Exemple de situation ubuesque : à Bordeaux beaucoup de couloirs de bus sont mixtes. Les vélos sont donc volontairement confrontés au rasage de près par des monstres. Pour doubler les vélos les bus doivent continuellement mordre sur la bande des voitures ( qui pestent). Et comme le bus s’arrête souvent les vélos repassent devant très souvent . Ainsi sur mon trajet quotidien le même bus peut me doubler une dizaine de fois ! Cela n’inquiète pas le législateur. Mais l’Etat empoche des amendes injustes car fondées sur ce qui devient une hypocrisie ou un manque de raisonnement.
    Pourquoi ne pas laisser un couloir entier ( le gauche) aux déplacements doux et mettre sur la même bande de circulation voitures et bus ? ( le droit pour desservir les abribus)
    De même aux croisements à feux, pourquoi ne pas arrêter un instant tous les véhicules motorisés pour laisser piétons et cyclistes circuler tous ensemble et en tous sens ( puisqu’ils sont capables de se mouvoir sans rentrer en contact). Le tourne à droite n’est que la prémisse d’une telle mesure. Il faut aller plus loin.
    J’ai 66 ans, dont 54 de vélo en ville, zéro accident sauf une ouverture de portière, n’ai jamais blessé quiconque. Je fais 6000 km par an en vélo électrique pliant dans Bordeaux. J’ai mon bonus d’assurance voiture depuis que cela existe ainsi que zéro amende. Mon expérience plaide en faveur d’un nouveau Code de la Rue.

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