Municipales 2020 : le vélo sera décisif à Montpellier

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Jean-Baptiste Lasserre,
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Municipales 2020 : le vélo sera décisif à Montpellier

Au coeur de notre dossier sur les élections municipales 2020 et le vélo, les villes où il faut que ça change. Loin d’être une priorité ces dernières décennies, le vélo s’invite plus que jamais dans le débat des élections municipales à Montpellier. Il devrait même être un sujet décisif dans la course à la mairie. Mauvais élève des villes cyclables françaises, la capitale occitane semble en effet payer son absence de politique cyclable et pourrait connaitre un véritable chamboulement lors des prochaines échéances. On fait le point sur la place du vélo dans la campagne des municipales 2020 à Montpellier.

Du retard politique à la vélorution citoyenne, un cas unique en France

Des années d’immobilisme cyclable

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le vélo n’a jamais eu une place de choix dans la politique municipale héraultaise. Manque d’aménagements et de stationnements sécurisés, discontinuité des pistes cyclables, vols de vélos… La capitale occitane n’est pas vraiment ce que l’on peut appeler une ville « vélo-friendly ». Elle compte déjà plusieurs longueurs de retard par rapport à ses homologues françaises. Georges Frêche, le maire historique et ses 5 mandats à l’Hôtel de ville, puis Hélène Mandroux après lui se sont en effet plutôt concentrés sur le développement des transports en commun et notamment du tramway. Entre 2008 et 2014, seulement 8 petits kilomètres de piste cyclable ont vu le jour… Pourtant, les cyclistes sont de plus en plus nombreux dans la métropole. Les initiatives autour de la bicyclette se multiplient également, comme Sub24 par exemple.

>> A LIRE : Charles Dassonville, le cycliste urbain à l’origine de Sub24

Lorsque Philippe Saurel est élu à la mairie en 2014, le vélo est complètement absent de son programme. Même s’il se vante d’avoir réalisé une trentaine de km d’aménagements cyclables pendant son mandat. En octobre 2018, lors de l’inauguration d’un contournement routier – par ailleurs totalement dépourvu d’aménagements cyclables – il prononce une petite phrase qui déclenche la colère des cyclistes de Montpellier.

« Faire une infrastructure pour qu’elle soit utilisée pour deux personnes, ce n’est peut-être pas l’idéal. »
Philippe Saurel, maire de Montpellier

Le ras le bol des cyclistes et la réaction avec #Jesuisundesdeux

Suite à cette déclaration, près de 1200 cyclistes montpelliérain se rassemblent spontanément au Jardin du Peyrou. Ainsi que sur les réseaux sociaux avec #Jesuisundesdeux. Un hashtag rapidement devenu viral et largement relayé par la communauté cycliste nationale.

Le hashtag devient même un symbole du mécontentement et des revendications des cyclistes de tout le pays qui demandent entre autres de pouvoir circuler en sécurité sur des aménagements bien pensés, pratiques et continus.

Après le déferlement des cyclistes montpelliérains, le maire réagit. Il finit par céder en annonçant plusieurs mesures comme la construction de piste cyclables en urgence sur les artères les plus dangereuses de la ville. Mais également la mise en place d’un Plan Vélo XXL fin 2018 de 100 millions d’euros pour le vélo en 10 ans. L’ambitieux plan vélo est finalement voté le 21 décembre par la Métropole avec un budget de 80 millions d’euros sur 10 ans. Soit moins que ce qui était annoncé au départ.

2019, l’année de la vélorution

L’élu occitan, qui a fait quelques sorties remarquées en 2019, ne s’est toutefois pas fait que des amis dans le milieu cycliste de Montpellier. En mars, des pictogrammes vélos sont tracés sur la chaussée à l’occasion d’un happening pendant la marche pour le climat. Une initiative qui n’a pas plu à Monsieur le maire qui dresse une amende pour les auteurs et « décline toute responsabilité en cas d’accident, les cyclistes pouvant être induits en erreur ». La réaction des cyclistes montpelliérains, décidément pas dupes et qui en ont marre de mettre leur vie en danger, est une fois de plus immédiate. Le hashtag est une nouvelle fois repris, et le maire perd encore des points à l’approche des prochaines municipales.

Illustration du retard de Montpellier sur la question du vélo, les premiers panneaux cédez-le-passage autorisant les cyclistes à tourner à droite au feu sont apparus dans les rues de la ville en janvier 2020…

Vélocité, premier défenseur de la bicyclette à Montpellier

L’artisan de la vélorution occitane

L’association est créée en 1998 pour promouvoir l’utilisation urbaine du vélo dans la ville de Montpellier. Si son champ d’intervention s’est aujourd’hui étendu à l’agglomération montpelliéraine, l’association Vélocité Grand Montpellier travaille à rassembler et défendre le vélo et ses usagers et se bat pour augmenter la part des déplacements à vélo. En 2017, elle met notamment en place Vélobs, un observatoire interactif permettant d’établir un état des lieux du vélo à Montpellier à l’aide de la participation des montpelliérains. La plateforme est depuis devenue Vigilo. Une application collaborative citoyenne permettant d’améliorer les déplacements des cyclistes et des piétons dans la ville, aujourd’hui déployée dans tout le pays. Grâce au récent engouement déclenché par la mairie, l’association a vu son nombre d’adhérents multiplié par 10 entre 2018 et 2019.

>> A LIRE : Un observatoire interactif pour améliorer l’usage du vélo à Montpellier

Faire rentrer le vélo au cœur des municipales 2020 à Montpellier

À l’occasion des élections municipales 2020, l’association de cyclistes montpelliéraine organise une conférence-débat le 20 septembre 2019 pour intégrer totalement le vélo au débat des élections. La soirée « Le vélo au cœur des élections municipales à Montpellier » réunit les différents candidats à la mairie qui se sont exprimés sur la question de la bicyclette et de sa place dans la politique municipale.

Visuel de la mobilisation "Tous à vélo"
© Vélocité

Vélocité mise aussi sur la mobilisation citoyenne pour mettre la pression aux candidats. Le 10 novembre, à l’occasion du premier anniversaire du #Jesuisundesdeux et à l’approche de l’échéance électorale, elle organise une démonstration de force en rassemblant une masse de cyclistes afin de montrer l’importance de la communauté vélo montpelliéraine. Le regroupement spontané de l’année passée devient #JeSuisUnDes2000. Près de 2700 cyclistes défilent de manière festive à travers les rues de la ville. Histoire aussi de rappeler à la mairie que la solution vélo est pour beaucoup une réalité quotidienne.

Vélorution à Montpellier
Regroupement de cyclistes montpellierain © Vélocité

Les candidats aux élections municipales 2020 à Montpellier et le vélo

Municipales 2020 à Montpellier, priorité au vélo

Pour beaucoup de candidats, le vélo est une priorité de cette campagne. D’autant que plusieurs candidats écologistes briguent la mairie en voulant profiter de la vélorution montpelliéraine. En amont, les verts ont en effet surfé sur la communication maladroite du maire. Clothilde Ollier, la candidate EELV, promet de réaliser le plan vélo XXL récemment voté et de garantir la sécurisation de 1000 places de vélo en centre-ville. Pour Thierry Teulade, candidat citoyen écologiste, la priorité est de sécuriser les infrastructures existantes et de reconnecter les pistes cyclables.

Alenka Doulain, candidate du mouvement citoyen #NousSommes soutenu notamment par la France Insoumise veut « remettre l’humain au cœur de la ville » par des politiques de mobilité favorisant les piétons et les cyclistes. « Au-delà des bienfaits environnementaux, le vélo est aussi un outil social qui n’est aujourd’hui utilisé que par une catégorie de personnes aisées à Montpellier. Il faut travailler sur l’imaginaire et faire comprendre qu’il est possible de laisser sa voiture au profit du vélo » selon Cathy Aberdam, la porte-parole du mouvement.

La bicyclette, un sujet important à gauche comme à droite

Le vélo, enjeu des municipales 2020 à Montpellier
Un vote anticipé en faveur du vélo organisé lors de l’événement Tous à vélo © Vélocité

Le candidat de gauche Michaël Delfosse veut quant à lui faire de Montpellier « une ville à la pointe des mobilités ». Celui qui se déplace beaucoup à bicyclette s’est notamment publiquement exprimé pour la réduction des « 2×2 voies en ville ». Ainsi que pour la création de voies partagées entre bus et vélos et le rafraichissement du système de VLS montpelliérain Vélomagg.

Du côté du candidat LREM Patrick Vignal, on reconnait également que le vélo est un sujet majeur du prochain mandat. Il souhaite lutter contre le vol de vélos et créer des parkings « sécurisés, abrités et surveillés par des caméras ». Il annonce aussi la création de bornes pour recharger les vélos électriques ainsi qu’une aide à l’achat de VAE.

Flavio Dalmau, le très jeune candidat sans étiquette mène, du haut de ses 16 ans, une campagne assez discrète. Il propose néanmoins d’installer un périphérique cyclable. Et de mettre en place un système efficace de vélos et trottinettes en libre-service.

Enfin, Mohed Altrad, entrepreneur sans étiquette et président du club de rugby de la ville, revendique une liste « humaniste ». Un projet encore un peu flou, dans lequel il a toutefois annoncé vouloir doter chaque enfant résidant en ville d’un vélo.

Les candidats qui ne se prononcent pas sur le vélo

Jean-Louis Roumégas, dissident EELV battu lors de la primaire a évoqué la sédentarité comme étant « le problème n°1 de santé publique ». S’il semble être sensible au sujet du vélo, rien de concret toutefois. Il s’est d’ailleurs rendu à un apéro-vélo organisé par Vélocité duquel il est parti… en scooter.

Alex Larue, candidat Les Républicains, a fait de la lutte contre l’insécurité la pierre angulaire de son programme mais ne dit rien sur la mobilité. Tout comme Olaf Rokvam, le méconnu candidat RN, qui insiste pourtant sur une « écologie pragmatique », mais ne prenant en compte que les parcs et les jardins de la ville.

Quant à Phillipe Saurel, le maire sortant, on ne sait toujours pas s’il sera candidat à sa propre succession. Au grand dam « des deux » cyclistes montpelliérains, qui attendent désormais beaucoup de ces élections municipales 2020.

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2 comments

  1. Très bon article, très bien documenté et correspondant bien à mon ressenti.
    Avant de partir en retraite, j’allais au boulot à vélo, environ 6km de Montpellier-village au centre ville (vers le commissariat). C’était très dangereux par manque d’infrastructure. Si je m’en suis sorti sans accident, c’est en partie en me mettant dans l’illégalité: emprunter la plate-forme du tramway (c’est le moins dangereux car le comportement des trams est beaucoup plus prévisible que celui des voitures), des sens interdits et démarrer avant le passage au vert des feux pour ne pas être mélangé au flot de voitures.
    Malgré le danger, j’ai toujours eu plaisir à me rendre à vélo au travail. Je mettais plutôt moins de temps qu’en voiture. C’était bon pour ma santé et bon pour mon porte-monnaie. Je ne prenais le tram que les jours d’orage, c’est-à-dire quelques jours par an.
    J’ai toujours trouvé aberrant et révoltant de ne pas encourager la pratique cycliste bonne pour la santé et pour l’environnement (d’avantage même que les transports en commun)
    Voir des jeunes gens déplacer un engin de plus d’une tonne pour juste transporter leur propre personne à leur travail sur des distances de moins de 10, voire 5 km m’a toujours paru une énormité.

    1. Merci beaucoup de votre gentil commentaire et de votre témoignage. Nous espérons que vous continuez à faire du vélo pour le plaisir. Et que les aménagements cyclables vont s’améliorer à Montpellier.

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