Pourquoi Copenhague est le paradis du vélo

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Jean-Baptiste Lasserre,
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Pourquoi Copenhague est le paradis du vélo

Au Danemark, la bicyclette représente près de 20% des déplacements. La France, de son côté, peine encore aujourd’hui à atteindre les 3%. Alors comment expliquer cette flagrante différence, avec un pays que l’on cite si souvent en bon exemple ? Concernant cette question de la place et de l’intérêt du vélo, il semblerait que cet écart de pratique entre la France et ses voisins nordiques s’explique avant tout par une différence de perception. Enquête sur Copenhague, capitale des cyclistes.

Copenhague, capitale des cyclistes

Lorsque l’on se rend à Copenhague pour la première fois, le constat est frappant. La ville peut même dérouter tellement nos réflexes de citadins n’y sont pas adaptés. Alors, en se baladant un peu dans les rues, la distinction de « capitale mondiale du vélo » que l’on entend si souvent prend tout son sens.

En tant que français, ce qui saute en premier aux yeux, c’est que tout le monde à Copenhague parait se déplacer en vélo, quel que soit l’âge, la catégorie sociale ou le sexe. Deuxième élément marquant, la quantité de magasins de vélos. Dans le centre-ville, il est possible d’en croiser quasiment dans chaque rue. L’offre de location de vélo est également énorme.

De nombreux magasins de vélo à Copenhague
© Jean-Baptiste Lasserre

Aussi, on se rend vite compte que Copenhague est une ville totalement conçue pour les vélos. Les aménagements cyclables semblent pratiques et en bon état. Ils sont globalement séparés des voies de circulations des voitures et la signalisation pour les cyclistes est partout. Petit bonus intriguant, on peut même observer à certains feux tricolores des repose-pieds pour les cyclistes.

Une offre de location de vélo très riche
© Jean-Baptiste Lasserre

Dernier détail déroutant, le nombre de places disponibles pour les bicyclettes, et la possibilité de se garer partout en toute sécurité. Aussi bien devant les maisons et les espaces résidentiels que devant les bâtiments administratifs ou les boutiques, il y a de nombreuses places disponibles. La plupart des commerçants du centre-ville proposent même leurs petits stands de stationnement. De nombreuses pompes à vélo et station de gonflage sont aussi accessibles en libre-service.

Toutes les boutiques proposent leurs parkings vélos
© Jean-Baptiste Lasserre

L’amour pour le vélo, une explication historique et politique

Pour comprendre l’origine de cette histoire si particulière entre la capitale danoise et la bicyclette, il faut regarder un peu en arrière. En 1973, le choc pétrolier touche l’ensemble de l’économie mondiale. Au Danemark aussi, il affecte toutes les couches de la société et plombe le budget des copenhagois. Des manifestations énormes éclatent alors. Les danois défendent leur droit de pédaler et réclament à la municipalité de donner la priorité aux vélos dans la ville.

Contre toute attente, la réaction politique à cet équivalent danois de mai 68 ne se fait pas attendre. La ville de Copenhague commence à investir dans la construction d’infrastructures vélo. Et met peu à peu en place une politique pour encourager l’utilisation de la bicyclette.

Le parking vélo de la gare de Copenhague
© Jean-Baptiste Lasserre

Cette volonté politique lancée dans les années 1980 porte aujourd’hui ses fruits. La ville, capitale des cyclistes, a regagné l’espace envahi par les voitures. Le Copenhagenize Bicycle-friendly Cities Index, référence absolue du milieu, place depuis 2015 la capitale danoise comme la ville la plus cyclable du monde. En effet, Copenhague compte à ce jour plus de vélos que de voitures.

>> A LIRE AUSSI : Copenhague : les vélos plus nombreux que les voitures

« Aménager la ville pour le vélo c’est le moyen le moins cher pour améliorer la qualité de vie »
Morten Kabell, maire-adjoint de Copenhague

Un trafic cyclable monstre
© Jean-Baptiste Lasserre

Les efforts en faveur du vélo ne se sont pas affaiblis, puisque la ville continue de mener une forte politique. Seulement, les temps évoluent et les objectifs ont quelque peu changé. D’abord motivée par des contraintes économiques, Copenhague souhaite aussi désormais lutter contre la pollution et améliorer encore un peu plus la qualité de vie de ses habitants. Elle a déjà réduit de 30% ses émissions de GES sur les 10 dernières années. En tant que capitale des cyclistes, elle ambitionne même de ne plus en émettre d’ici 2025. À titre comparaison, les pics de pollution à Paris correspondent aujourd’hui au double de ceux de Copenhague.

Véritable phénomène culturel ou effet de mode ?

Conséquence directe de ces politiques, on retrouve au Danemark de nombreux freins qui n’existent pas en France. Les taxes à l’achat d’une voiture par exemple sont de 105% à 150% contre 20% de TVA en France. De plus, les transports en commun sont relativement chers et l’offre pas suffisamment satisfaisante.

Exemple de parking à vélo à Copenhague, capitale des cyclistes
© Jean-Baptiste Lasserre

Reste que 63% des habitants se rendent chaque jour à l’école ou au travail à bicyclette, été comme hiver. La piste cyclable la plus utilisée de la ville, une des plus fréquentée d’Europe, voit passer 42 000 vélos par jour. Alors pourquoi un tel écart avec la France ?

À Copenhague, les habitants ont tous leurs arguments pour justifier leur utilisation. Moyen de transport le plus rentable, le plus pratique, le plus rapide… S’agit-il pour autant et seulement d’un simple effet de mode d’une population bobo-écolo-urbaine ? L’explication paraît toutefois être plus profonde, plus ancrée. Car à Copenhague, capitale des cyclistes, les habitudes sont tout simplement différentes.

« Personne ici ne se voit comme un cycliste, pas plus qu’on ne se voit comme un brosseur de dent. C’est simplement naturel dans la vie de tous les jours »
Marie Kastrup, Responsable du programme vélo de Copenhague

Ici, même le prince va déposer ses enfants à l’école à vélo… C’est dire si les mentalités sont bien différentes.

En pleine crise de la mobilité, la France semble avoir du mal à franchir le cap de la transition énergétique. Et les volontés politiques, qui portent souvent le modèle scandinave réputé pour sa qualité de vie en exemple, paraissent insuffisantes. L’exemple de Copenhague prouve pourtant que lorsque le vélo devient une priorité. Le changement est à portée de main.

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1 comment

  1. Copenhague, la capitale du vélo? Ils font beaucoup d’autopromotion pour le faire croire. Comme pour toute publicité politique, il faut y regarder de plus près. Ils ont effectivement réussi bien plus que d’autres à augmenter significativement le pourcentage des déplacements à vélo et on doit leur en faire crédit. Mais le trafic n’atteint pas celui des pays-bas, et en particulier celui d’Amsterdam. Et la qualité de l’infrastructure est très loin de celle des Néerlandais. Pas de carrefours protégés, peu de feux spécifiques aux vélos, beaucoup de bandes cyclables au lieu des pistes cyclables, peu de zones 30. Et ces pistes peintes en bleu? La peinture s’en va, contrairement à la teinte d’un enrobé rouge faite dans la masse (avec de l’oxyde de fer). C’est pour cette raison qu’en France on a abandonné la peinture verte sur les pistes, ce n’est pas durable.
    L’infrastructure de Copenhague attire les politiques des autres pays européens parce qu’elle est moins coûteuse que ce qu’on fait au pays-bas. D’un point de vue économique, cela apparaît comme un compromis. Mais on n’obtient pas le même résultat en termes de sécurité et de facilité d’usage.
    En cherchant un peu, on trouve pas mal d’éléments sur la comparaison entre Amsterdam et Copenhague en terme de circulation cycliste. Des blogueurs militants ont publié sur le sujet.
    En premier, Mark Wagenbuur (BicycleDutch), (qui est Néerlandais…) infatigable vidéaste (645 vidéos !) a publié un billet (en anglais) sur le sujet: https://bicycledutch.wordpress.com/2018/11/27/is-copenhagen-a-city-of-cyclists/ et évidemment, une vidéo: https://www.youtube.com/watch?v=FaySp9i2zMA . Comme il le souligne malicieusement, Les politiques font plus référence à Copenhague qu’aux pays-bas parce que les infrastructures sont plus proches de ce qu’on fait dans le reste de l’Europe ou du monde.

    Un autre blogueur Robert Weetman a publié une série de 3 articles très fouillés (en anglais) sur le sujet: https://robertweetman.wordpress.com/2017/11/04/amsterdam-vs-copenhagen-part-1/

    Et encore un autre (un voyageur): http://www.globe-trottica.com/2015/05/07/my-experience-biking-in-copenhagen-vs-biking-in-amsterdam/

    Un post plus ancien, de David Hembrow, lui aussi infatigable militant, très factuel: http://www.aviewfromthecyclepath.com/2009/12/truth-about-copenhagen.html

    Cela coûte cher? A l’échelle d’un pays, pas tant que ça. Tout compris, les infrastructures cyclables coûtent un peu plus de 20 euros par Néerlandais (il faut cumuler le national et le local) et par an. Le plan vélo Français, c’est royalement 65 centimes par Français par an! (auquel il faut ajouter les dépenses locales).

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