« Porté par l’essor du tourisme lent et des mobilités douces, le voyage à vélo attire chaque année un public toujours plus large. »
Et si, aujourd’hui, c’était nous, ce « public toujours plus large » ? Nous, autrement dit Gwenn, Angélique et Victoire, trois cousines avec la bonne idée de rejoindre Istanbul à vélo.

Et parce qu’un voyage commence rarement le jour du départ, le nôtre a commencé quelques mois plus tôt, en juillet 2025. Des mois de préparation qui nous ont permis de faire nos premiers pas dans le monde du bikepacking, de commencer un entraînement intensif, essentiellement composé de recherches Internet, de tutos YouTube et de discussions avec des personnes qui ont vécu des expériences similaires. Des semaines à chercher le compagnon de route parfait, à choisir notre matériel de vélo de voyage, et surtout un temps précieux qui nous a permis de choisir les bonnes personnes pour nous accompagner dans cette aventure. Merci Lecyclo.com d’en avoir fait partie.

Ces trois mois ont été pour nous un avant-goût du voyage, sans savoir vraiment ce qui nous attendait. Le moment d’imaginer et de rêver tous les endroits et toutes les personnes qu’on allait rencontrer. Mais surprise, et bonne nouvelle ! Un voyage à vélo ne ressemblera jamais à ce que vous auriez pu imaginer.

Et puis le grand départ se rapproche, le vrai de vrai. Le 8 mars, à une heure de Lyon on monte sur nos vélos déjà beaucoup trop lourds. Nos sacoches remplies de doutes, d’excitations et de quelques larmes. On fait nos premiers kilomètres entourées de nos proches qui, rapidement, s’éloignent de plus en plus… Les derniers paysages familiers disparaissent, et à ce moment-là, le voyage pourrait presque ressembler à des vacances sportives entre cousines. Mais on avait tout prévu.

Au fond de nos sacoches, on avait laissé un peu de place pour emporter avec nous une bonne raison de partir : « En 2000, le psychologue Barry Schwartz popularise une idée contre-intuitive dans son livre The Paradox of Choice : au-delà d’un certain seuil, plus de choix ne signifie pas plus de liberté, mais de la détresse. » En 2026, cette idée n’a jamais été autant d’actualité. Voyager n’a jamais été aussi simple. Et les choix de destinations, toujours plus nombreux et accessibles. En permanence encouragés par les incalculables récits et stories de voyageurs, nous avons presque l’impression de connaître des endroits de la planète où nous ne sommes encore jamais allées. Alors, peut-être qu’à force de voir le monde à travers les yeux des autres, on ne sait plus vraiment où regarder et comment.

Ce voyage, pour nous, c’était nous rappeler que le choix le plus dur ne devrait jamais être celui de la destination, mais la raison pour laquelle on y va.

Pour nous 3, particulièrement indécises, ce projet sera donc un peu plus qu’un aller-retour à Istanbul. L’objectif, le vrai : poser une dizaine de questions sur le thème du choix aux personnes rencontrées pendant le voyage. De « quel a été le choix dont tu es le plus fier ? » à « si tu devais écrire un livre sur le monde quel serait le titre ? » Ces questions seront la partition de la douce mélodie de notre voyage à vélo ! L’occasion de prendre le temps d’échanger et faire réfléchir les personnes sur notre route.

Notre première semaine sur nos 3 maisons roulantes sera le meilleur des échauffements : 3 jours pour découvrir les alpes françaises, la vie à 3 et des paysages impossibles à oublier. Et c’est seulement quelques jours plus tard qu’on touchera du bout des roues notre première frontière avec l’Italie.

Trois vélos avec des sacohes vélos posés côte à côte

Nos 3 maisons roulantes pour ces mois d’aventures.

La suite du voyage pourrait facilement se résumer en citant les 11 autres frontières traversées et des 12 autres pays découverts, mais ce n’est évidemment pas ce qu’on retiendra de ce voyage. Le vélo, c’est cet aimant à gens bien, qui nous a rappelé, chaque jour, qu’un voyage à vélo ne se vit jamais seul. Entre nos nuits en tente et nos porte-à-porte, on découvre, parfois caché derrière un peu d’appréhension, la gentillesse, la bienveillance et l’admiration des locaux qui nous accueillent. Chaque soirée est différente et chaque rencontre, surprenante ; nos hôtes nous accueillent toujours dans leur quotidien de manière assez naturelle et nous offrent bien plus que ce qu’on leur demande. Malgré quelques pays et endroits plus difficiles pour le porte-à-porte, ce moment et ces rencontres resteront les moments les plus excitants, marquants et touchants de ce voyage.

Carlo et sa maman qui nous ont ouvert la porte de leur maison en Italie le temps d’une soirée… Nous en avons même profité pour faire ce joli bouquet de fleurs avec elle.

Doux souvenir du bike shop Ratatera en Italie. Enrico et Massimo nous ont ouvert leur portail pour quelques nuits partagées avec deux autres cyclistes.

Cette famille turque nous a appelé du bord de la route pour nous joindre à eux pour manger : du pain et de la viande, beaucoup de viande !

Les jours se suivent, les rencontres se multiplient et nous finissons par trouver notre rythme. Bercées par les rencontres et les jolis paysages, le vélo trouve doucement sa place dans nos journées bien remplies. Avec une moyenne de 60 km par jour, on prend le temps de profiter de chaque mètre et kilomètre parcouru. On découvre à ce moment-là que pédaler, c’est aussi accepter de partager la route avec d’autres. Entre les klaxons d’encouragement et les voitures qui nous frôlent, on finira par partager notre route avec les bonnes personnes. Avec Justin et son 4×4 pistache on découvrira les côtes croates, avec Malina et Elisa ont prendra notre premier ferry pour rouler sur des iles paradisiaques. Pendant 7 jours, on découvrira, avec Mathis, Milan, Thomas, puis Arnaud, qu’il nous restait encore quelques muscles vivants.

6 cyclistes qui posent tous sourires avec leurs vélos

Quelques jours sur les routes avec Un pneu d’espoir ( Mathis, Thomas et Milan) qui pédalent jusqu’à Stockholm. Dernière photo de la Croatie, quelques kilomètres avant la frontière du Monténégro.

Et puis c’est avec Iris que nous passerons l’une des frontières les plus attendues. Avec elle et son vélo, on découvrira ensemble une partie de la Turquie avant de se dire au revoir à Istanbul. Alors merci aux sportifs rencontrés sur le chemin qui ont rendu le voyage plus joli, les heures sur le vélo plus courtes et les au revoir plus difficiles.

Partir à vélo, c’est sans cesse découvrir des nouveaux endroits, mais c’est aussi parfois accepter de rester ! Après une pause bien méritée d’une semaine à Istanbul, on entamera (en retard) notre deuxième partie du voyage. Traverser la Roumanie, l’Autriche, la Hongrie et l’Allemagne nous laissera tout juste le temps de réaliser que la fin du voyage approche. Déjà nostalgiques de quelque chose qui n’est pas encore fini et impatientes de retrouver nos proches, on profitera des quelques trains et bus pour tenir le rythme et arriver dans « nos temps ». L’arrivée à Paris et les derniers kilomètres nous laisseront cette saveur toute particulière. Ce petit goût de réussite et de fierté, un goût addictif qui encore aujourd’hui nous reste encore en bouche…

Et si cet article passe évidemment à côté de milliers de détails, retenez qu’il n’y a pas de petits voyages à vélo. Que chaque kilomètre fait voyager et que le prochain sera peut-être celui qui vous donnera envie de repartir.

Alors allez-y, partez et dites-nous. Dites-nous ce que vous avez pensé des plaines italiennes, des îles croates, des montagnes de l’Albanie, des chiens errants de la Grèce, des pêcheurs d’Istanbul, des villages roumains, de l’histoire polonaise, des fleuves autrichiens. S’il vous plaît, partez et racontez nous.

Parce que n’oubliez pas : « Porté par l’essor du tourisme lent et des mobilités douces, le voyage à vélo attire chaque année un public toujours plus large. »

Et si aujourd’hui c’était vous, ce « public toujours plus large » ?

À propos de l’auteur : Manon P

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