Après avoir parcouru plusieurs pays d’Europe l’an dernier sur nos vélos de route : https://www.citycle.com/73793-recit-dun-voyage-a-velo-en-couple-a-travers-leurope/ , nous avions envie cette année d’entreprendre un voyage en gravel. L’an dernier sur la route, les kilomètres s’enchaînaient à vive allure, on grimpait des cols mythiques comme le Stelvio, rythmés par la circulation, le bruit qui va avec. Certes, il y avait des petites routes désertes par moment, quelques bivouacs en montagne, mais pas suffisamment. On avait besoin de plus de calme.

Cette fois, on voulait rouler sur les chemins, loin du trafic. Chercher des pistes haut perchées, des nuits en altitude, des passages plus sauvages. Accepter aussi les limites du gravel en montagne — surtout quand les vélos pèsent près de 25 kg chargés. Nous avons préparé l’itinéraire en combinant traces existantes et exploration sur Komoot, pour dessiner une traversée des Alpes : Modane → Nice, par les anciennes pistes militaires.
Nous avions une trace détaillée, tout en sachant que ce ne serait pas exactement celle que nous suivrions. Nous aimons changer en cours de route, en fonction de la météo, des envies du jour, etc. Nous avons choisi de partir dans les Alpes car cela faisait un moment que ces longues pistes montagneuses nous faisaient envie. Habitant à Annecy, c’était tout près de chez nous.

Matériel

Denisa

  • Gravel Rose Backroad – cintre route

  • Pneus 700×45 Hutchinson Tundra

  • Transmission Shimano GRX monoplateau 38, cassette 11-45

  • Sacoches bikepacking Restrap (selle, cadre, top tube, cintre, fourche) : https://www.lecyclo.com/collections/restrap

Amaury

  • Cadre Kona acier – cintre plat

  • Pneus 29×2.2 Maxxis Ikon

  • Transmission VTT Shimano Deore monoplateau 32, cassette 11-51

  • Sacoches Restrap (selle, cintre) et 7Roads (cadre)

Le matériel que nous avons emporté nous permettait de bivouaquer en altitude : tente, réchaud, sac de couchage adapté et vêtements chauds.
Nous avions toujours au minimum un repas lyophilisé par personne dans nos sacoches, au cas où (urgence ou spot de rêve).

Pour l’eau, nous avions chacun 1,5 l + une poche à eau d’1,5 l que l’on remplissait au dernier point d’eau de la journée pour le bivouac. Komoot affiche l’ensemble des points d’eau sur la carte. Par contre, les fontaines peuvent parfois ne pas fonctionner. Nous avions également de quoi filtrer l’eau.

Au-delà du Mont-Cenis

Après avoir dormi au refuge du Petit Mont-Cenis, nous avons entamé le deuxième jour du voyage par une piste gravel. C’était agréable pendant quelques centaines de mètres, puis soudainement très raide. On s’y attendait car on avait bien regardé les cartes pour cette section. Débuta alors une marche en poussant le vélo, parfois en le portant. Le chemin large laissa place à un sentier de randonnée de plus en plus escarpé… Nous avons poussé/porté nos vélos pendant trois heures. On ne s’attendait pas à ce que ce soit aussi long, mais le chemin à flanc de montagne ne nous mettait pas en confiance ; nous avancions doucement mais sûrement.

Certaines personnes détestent devoir poser le pied à terre ou porter leur vélo. J’ai appris à apprécier ces moments, c’est un effort différent. On se déplace encore plus lentement, cela peut vite être épuisant mentalement et physiquement, mais on est souvent récompensé par la suite.

On arrive au sommet soulagés, heureux. La vue est splendide sur le lac du Mont-Cenis ; on voit la large piste que l’on empruntera en descente, jusqu’en Italie. On profite de ce spot pour manger notre repas du midi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Col del Finestre : un col qui se mérite

L’après-midi de cette même journée, où il faisait très chaud, après une longue pause glaces, cafés et focaccias, nous avons entamé l’ascension du col del Finestre. La route grimpe aussitôt : dix kilomètres à 10 % de moyenne, dans une forêt dense. Les lacets se succèdent, réguliers et sans répit ; c’est amusant, puis lassant. Nos vélos chargés paraissent soudain peser le double, et chaque virage offre un instant d’espoir avant un nouveau mur.

 

 

En haut de la portion goudronnée, la piste prend le relais. Sept kilomètres de gravel gondolé, raviné par le passage des 4×4. Il faut sans cesse changer de trajectoire, trouver la bande la plus lisse. On avance lentement, fatigués, le regard rivé quelques mètres devant soi. La fringale guette, mais le reste de focaccia accroché à la sacoche nous en éloignera.

À mesure que la pente se calme, les arbres s’écartent et la vue s’ouvre sur les crêtes ; on aperçoit le sommet. L’ambiance est particulière : le vent frais du soir, la solitude, le silence. L’effort est dur mais plaisant.

L’emplacement de bivouac que l’on trouve au sommet est parfait : plat, abrité du vent et avec une vue à couper le souffle. Le bivouac installé, nous profitons d’un bon repas avant d’aller dormir.

 

 

 

 

 

La vallée de la Clarée

En quittant Briançon, nous entrons dans la vallée de la Clarée ; la route suit la rivière en pente douce. L’endroit est paisible, la circulation est limitée grâce aux bus mis en place pour les randonneurs. Tout au long de la vallée, des prairies au bord de l’eau invitent à s’arrêter, à poser la tente, à prolonger la pause… Mais ce soir, nous avons un objectif : atteindre le lac Rond pour y bivouaquer.

 

Nous remontons la route jusqu’au parking du fond de vallée, au niveau du refuge Laval, puis la piste se transforme en un gravel joueur, parfois raide, jusqu’au refuge des Drayères. Il est déjà tard ; on s’arrête prendre de l’eau et on hésite à dormir au refuge. On s’accorde une grande planche apéro, un mélange de charcuterie, fromages, houmous et tapenade. Un festin qui nous donnera le courage de repartir pour l’effort final.

Restent les trois derniers kilomètres : un sentier de randonnée où il faut pousser ou porter le vélo. On avance lentement, s’arrêtant souvent pour souffler, regarder le paysage, prendre des photos. Deux heures plus tard, nous arrivons juste à temps pour le coucher du soleil : le lac se teinte d’orangé, les sommets rougissent. On s’endort bercés par la pluie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le dernier passage de frontière, entre brouillard et soleil éclatant

L’avant-dernier jour, la montagne nous offre son plus beau contraste. C’est sans doute le moment le plus dur et le plus beau du voyage.

Pour finir la Via del Sale, on serpente entre France et Italie dans un brouillard épais, presque opaque. On distingue à peine la piste, on devine plus qu’on ne voit. Et soudain, au sommet, en arrivant sur la crête, le soleil perce la brume ; de grands oiseaux tournent devant nous. Derrière, les nuages s’accrochent à la montagne ; devant, la lumière du soir inonde la crête. On s’arrête, on ne dit rien, on profite de cet instant particulier.


Puis vient la descente. Quelques kilomètres qui semblent interminables pour Denisa : la piste est un champ de pierres, la progression est difficile, chaque secousse épuise un peu plus.

On s’arrête, on souffle. Quelques centaines de mètres à pied, puis à nouveau en selle, avant de redescendre du vélo pour marcher encore.

La fatigue de fin de journée, la tension accumulée, la déception de peiner en descente : tout se mélange. Ce sont les limites du gravel : parfois on avance bien sur de beaux chemins de gravier ou sur les routes goudronnées, parfois on est obligés de marcher car le terrain est trop usant. Personnellement, je me sentais confortable avec mon montage : des pneus VTT 29 x 2.2 Maxxis Ikon, un cintre plat.

Mais on continue, ensemble, jusqu’à retrouver la piste plus douce en contrebas. Ce soir-là, le lieu de bivouac est panoramique, le ciel étoilé magnifique. Mais un sentiment étrange s’installe progressivement : c’est le dernier bivouac du voyage, demain on arrivera à Nice.

Dernier jour

Dès le matin, il fait chaud. Nos vêtements sont sales, pleins de poussière. On croise un groupe de dix 4×4 dans la première descente : un nouveau nuage de poussière s’abat sur nous.

On rêve d’une bonne boulangerie pour marquer la fin du voyage… mais on trouve seulement des pains au chocolat rassis dans un petit village.

L’ambiance est particulière : mélange d’empressement, de fatigue, d’envie d’en finir, mais aussi de tristesse. Dans ma tête, la reprise du travail approche déjà, trop vite.

On avait planifié deux itinéraires pour cette journée ; on choisit celui qui comporte le moins de dénivelé, 1500 au lieu de 3000. Une grande descente nous plonge dans le sud brûlant. Il fait 35 degrés, on a un vent chaud de face. Un délicieux pain bagnat pour le repas du midi nous requinque. Un dernier col, un dernier segment gravel, vue mer ! Un dernier effort, et puis ça descend jusqu’à Nice.



 




La lumière, le bleu immense de la mer. Nice apparaît comme une ligne d’arrivée qui n’en est pas vraiment une. On roule les derniers kilomètres presque en apesanteur, entre joie et nostalgie.

Un voyage de onze jours, et déjà l’envie d’un autre.
Un voyage plus long, sans date de retour. Bientôt, j’espère.

Amaury

 

À propos de l’auteur : Amaury Top

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