Damas se met au vélo pour circuler en temps de guerre

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Le vélo est un véritable vecteur d’indépendance et un gain important d’autonomie. En pleine crise, la capitale Syrienne, Damas, voit apparaitre peu à peu des cyclistes arpentant les rues de la cité. Le vélo est, pour les damascènes, un moyen de locomotion sûr et rapide.

Un groupe de jeunes étudiants de Damas vient de lancer une campagne pour inciter les habitants de la ville à enfourcher leur bicyclette pour leurs déplacements urbains. En pleine crise armée depuis maintenant plus de 2 ans et demi, la pratique du vélo à Damas ne porte pas de revendication écologique mais est plutôt une réponse à la modification du quotidien causée par les conflits.

Le slogan de la campagne est simple et facile à retenir : Il lui faut un vélo. La campagne a pour but de convaincre les étudiants de l’agglomération d’arrêter d’utiliser les bus, la plupart du temps bondés, au profit de la bicyclette. Afin de démocratiser cette pratique, qui n’est pas forcément courante en Syrie, le groupe invite ces nouveaux cyclistes à poster leurs photos à vélo sur la page Facebook du mouvement. Cette initiative est née des problèmes de circulation causés par la guerre : se déplacer en voiture ou en bus est devenu très compliqué ; le contexte sécuritaire est devenu tellement lourd qu’arriver à l’heure en cours est désormais quasiment impossible à part en utilisant le vélo. Damas compte 1.7 millions d’habitants et la ville est entourée d’une demi-douzaine de barrages.Il lui faut un vélo

Abdulmajeed, étudiant damascène en architecture, est un des instigateurs de ce mouvement et il explique les raisons de la campagne à un journaliste de France 24 :

Le vélo n’est pas du tout un moyen de transport familier en Syrie, ni même un sport courant. En général, ce sont les habitants de la vieille ville de Damas qui se déplacent sur de vieilles bicyclettes car là-bas, les ruelles sont trop étroites pour laisser passer une voiture.

Or, depuis le début de la crise, les barrages se sont multipliés dans la capitale et ses environs, ce qui a engendré des embouteillages monstres. On peut mettre aujourd’hui en bus une heure et demie pour un trajet de dix minutes. Alors il y a un an et demi, avec un groupe d’amis de l’Université de Damas, nous avons eu l’idée de troquer le bus pour le vélo. C’était plus pratique et plus agréable, et nous avons voulu généraliser le mouvement en créant une page Facebook et en communiquant autour de cette initiative. Avec les risques d’attentat qui se sont multipliés récemment, la sécurité au niveau des barrages s’est renforcée et notre idée connaît un certain succès. Beaucoup de cyclistes sont des habitants de la proche banlieue de Damas qui étudient ou travaillent dans le centre-ville et doivent donc passer par les points de contrôle qui entourent la capitale.

Abdulmajeed poursuit en indiquant qu’au commencement les forces de l’ordre étaient assez réticentes face à ces nouveaux cyclistes.

Certains de nos camarades ont même eu leurs vélos confisqués sous prétexte que c’était interdit de circuler à vélo, alors qu’aucune loi ne stipule cela.

Mais, rapidement, le nombre de cyclistes a augmenté et la presse locale a commencé à relayer l’information ce qui a permis de faire accepter cette nouvelle pratique dans la ville. La campagne a également permis de faire évoluer les mentalités par rapport aux femmes, la société syrienne n’était pas spécialement favorable à ce que des femmes circulent à vélo mais peu à peu celles-ci s’y sont mises et certaines se rendent désormais tous les jours à l’université en pédalant, malgré encore quelques incidents visant ces cyclistes féminines.

Malheureusement, les vélos à Damas coûtent chers et seule une partie aisée de la population peut se permettre son utilisation.

Un vélo neuf coûte aujourd’hui entre 12 000 et 20 000 livres syriennes [entre 63 et 105 euros]. Mais, contrairement à ce que peuvent penser les étrangers, il ne s’agit pas du tout d’une mode complètement décalée par rapport à la réalité du pays. Personne ne va prendre un cycliste pour un jeune sportif ou pour un écolo mais tout simplement pour un Syrien qui ne veut plus perdre son temps et qui compose avec la crise que nous traversons. Car dans cette situation-là, « il lui faut un vélo » !

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